Crédit-Terre: le Jour du dépassement global est arrivé!

Posted on 30 septembre 2011

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Crédit-Terre: le Jour du dépassement global est arrivé!

Global Footprint Network a fixé cette année au 27 septembre la date symbolique à partir de laquelle nous vivons une fois de plus à découvert écologique.

Depuis le matin du 27 septembre 2011, je dois donc au moins 75 aux générations futures. Et mon ardoise ne fera que s’alourdir jusqu’au prochain 1er janvier. Et on remettra le couvert un mois plus tôt l’an prochain. Quelle jolie fuite en avant!

75, c’est le montant de mes courses alimentaires du jour et pour la semaine.

Ces 75 que j’avais en poche n’étaient plus à moi…, je les empruntais avec une totale désinvolture à la Terre-nourricière.

La Terre: le seul organisme qui me fasse crédit sans m’exiger la moindre garantie. Quelle bienveillante assurance-vie. Et la Terre, c’est vraiment un «organisme».

 

 

Allons z’enfants de la Terre-patrie, le jour de honte est dépassé!

Aveuglée par un humanisme contre-productif, source d’irrespect écologique et d’un infini gaspillage, l’humanité vit à crédit et consomme annuellement une planète et demie, soit nettement plus que ce que la Terre est en capacité de lui offrir. Selon Global Footprint Network, le jour du dépassement global, ou jour de la dette écologique (Earth Overshoot Day), avance irrévocablement chaque année. En 1987, nous vivions à crédit dès le 17 décembre, en 2007 dès le 26 octobre, en 2010 le 21 août, en 2011 le 27 septembre! Ce jour fatidique du dépassement est la date dans l’année où, théoriquement, les ressources renouvelables de la planète pour la dite année auraient été consommées. Au-delà, l’humanité puise dans les réserves naturelles planétaires d’une façon non réversible, si bien qu’à terme la raréfaction des ressources condamnera l’humanité à un incontournable rationnement. Son calcul s’effectue comme suit: (Somme de la capacité de production biologique de la Terre / Empreinte écologique) x 365.

La surconsommation des pays riches et ses iniques retombées aux dépens des pays appauvris est essentiellement responsable de cette empreinte écologique insoutenable. Si tous les habitants de la Terre vivaient à l’américaine, il faudrait cinq planètes. Mais si nous vivions tous comme les Béninois, une demi-planète suffirait. Entre les deux, notre raison balance… Au nom du rapport de force, une minorité inique et élitaire, aussi mal intentionnée que mal inspirée par une religion monothéiste délétère, a choisi d’écraser une immense majorité.

En tout état de cause, pour continuer ainsi, Il faudra deux planètes Terre d’ici 2030. Il n’est pas certain que nous découvrions la seconde planète bleue! Nous feignons donc d’ignorer la finitude d’un monde dans laquelle notre multitude puise allègrement et sans relâche. En augmentant de 4 milliards, la population mondiale a triplé depuis 1950. Comme nous savons bien que nous ne changerons pas suffisamment nos modes de vie et de répartition, nous avons toutes les preuves que la planète ne pourra pas nourrir 9 ou 10 milliards de terriens en 2050, et encore moins 17 ou 20 milliards en 2100!

Innombrables sont les indicateurs qui nous alarment d’une surchauffe de la planète, d’un épuisement gravissime d’une Terre suroccupée et surexploitée: bouleversement global du climat, mort biologique des sols suite aux abus d’usages productivistes et courtermistes, pollutions sans cesses plus irréversibles, recul effarant des autres espèces dont nous occupons indument les niches, déclin d’une biodiversité pourtant salutaire à l’humanité, déforestation sur tous les continents, épuisement des mers et des océans, tarissement de toutes les ressources dont la grande majorité n’est pas renouvelable…, la liste procure le vertige, la nausée. Ce sont les signes avant-coureurs d’un effondrement que l’establishment ne peut avouer sous peine d’un chaos économique et boursier.

Reculer pour mieux sauter, la méthode est vieille comme le monde et pouvait prévaloir quand le monde était jeune. Nous avons tant l’habitude de jouer avec le feu que cette politique de la terre brûlée est un symptôme chronique, presque familier. Stratégiquement, cette tactique de la terre brûlée est une solution de la dernière chance qui consiste à avancer en détruisant tout derrière soi, afin de ne donner aucune chance de ravitaillement à l’ennemi. Comble du crétinisme, notre ennemi n’est que nous-mêmes et outre un écocide déjà perpétré, nous signerons un autogénocide avant la fin de ce siècle. Qu’on le veuille ou non, nous sommes entrés dans un millénaire qui n’aura qu’un siècle.

La vie devant soi est devenue un gros souci.

Sommes-nous le Cancer de la Terre, ainsi que le proclamait Jacques-Yves Cousteau? Périrons-nous sous les berceaux, comme l’annonçais le même Jacques-Yves Cousteau? L’homme n’est-il qu’un miracle sans intérêt, ainsi que l’estimait Jean Rostand?

Au régime où nous y allons, il serait idéaliste d’en douter.

Tels est l’inquiétant passé de notre futur. Stop, ou encore?

 

Petit florilège très sélectif de citations appropriées:

«Un humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l’homme, le respect des autres êtres avant l’amour-propre». Claude Lévi-Strauss

«Procréer était autrefois un devoir; c’est aujourd’hui un droit limité »; «S’il y a déjà des hommes de trop sur cette Terre, ces hommes de trop sont ceux qui se montrent exigeants, autrement dit ce sont des gens de l’Occident». Albert Jacquard

«Nous devons nous débarrasser de cette superstition bizarre qui nous fait croire que l’espèce humaine a le droit particulier d’exploiter perpétuellement la planète à la seule fin de satisfaire ses besoins égoïstes». Karan Singh

«Celui qui croit qu’une démographie exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est un fou, ou un démographe» Michel Tarrier, parodiant la réflexion de Kenneth Boulding: «Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est un fou, ou un économiste».

«La funeste trinité du surpeuplement, famine, misère, chômage, divisera demain le monde en deux camps ennemis. C’est la nouvelle fin du monde qui nous est promise». L’Express nº 958 du 17 novembre 1969

«L’effort à long terme nécessaire pour maintenir un bien-être collectif qui soit en équilibre avec l’atmosphère et le climat exigera en fin de compte des modes viables de consommation et de production, qui ne peuvent être atteints et maintenus que si la population mondiale ne dépasse pas un chiffre écologiquement viable». Rapport 2009 du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA).

 

C’est l’histoire d’un paradigme qui tombe d’une époque de 50 ans…:

 

 

 

Tout va bien:

 

 

 

 

Ici, on recrute pour des gueulantes de principe: http://www.facebook.com/groups/ecoresistance/

 

Michel Tarrier

Écologue, écosophe, essayiste