L’éco des savanes

Posted on 4 août 2011

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L’ÉCO DES SAVANES !

La Nature ne fait pas de cadeau

 

Pourquoi l’écologisme est-il de gauche tandis que les lois implacables de la Nature sembleraient plutôt devoir inspirer une posture de droite?

 

Attention, ce billet ne cherche pas la polémique politique, il pose plaisamment, et donc sans prétention, un petit problème contradictoire quant à notre mentalité, à nous dits écologistes.

 

Nul n’ignore que le mouvement écologiste (idéologique, philosophique) est un courant de pensée qui se situe nettement à Gauche et qui en France prit sa source dans une contre-culture contestataire très gauchisante (Pierre Fournier, Larzac, anti-nucléaires, tiers-mondisme, René Dumont, etc.).

Seul l’environnementalisme conventionnel, que je considère comme une dérive perverse puisque très emprunte d’anthropocentrisme, peut être taxé de Droite. Hitler était un environnementaliste, oui, oui, révisez vos notions et là, ça fait mal ! D´ailleurs, dans Mein Kampf, il écrit toujours le mot Nature avec une majuscule (comme moi !).

 

Le clivage bipartisan et manichéen Droite/Gauche, que l’on voudrait suranné, n’est ici mis en exergue que pour simplifier la discussion, et ce, dans le sens de la Gauche à la française et qui sous-entend : égalité, solidarité, changement et insoumission, par opposition à une Droite identifiée par des valeurs de conservatisme, de méritocratie, d’ordre et de sécurité. N’entrons pas ici dans le thème des déviances totalitaires du communisme ! Les gens de Droite montrent, majoritairement et jusqu’à preuve du contraire, une tendance rigide, intolérante, très réaliste, tandis que ceux dits de Gauche, sont le plus souvent perçus comme plus idéalistes, se réclamant de progressisme, de tolérance, de compréhension et donc d’un petit bonus de coeur, de partage et d’humanité.

 

Qu’en est-il de la Nature, qu’en est-il dans la nature?

 

Eh bien, loin des histoires à dormir debout que l’on veut bien se raconter et hormis les cas mutualistes et symbiotiques, la Nature est pour l’essentiel cruelle, impitoyable, parfois féroce et sanguinaire! Ici ne règne que la lutte pour la survie, un opportunisme exacerbé dont est tributaire toute existence, toute subsistance, une farouche et imparable loi de territorialité. Pour parler un peu stupidement en anthropomorphiste que je ne suis pas, c’est dans cette vie naturelle que triomphe la somme de toutes les « injustices » (au sens humaniste de l´équité), tous les racismes, tous les spécismes, tous les sexismes, jusqu’à certaines obligations « infanticides » programmées chez bien des espèces, notamment en cas de disette. Je viens ainsi d’égrainer tout ce qui concoure aux lois de l’évolution et de la sélection naturelle : que le plus fort gagne! Ce qui peut nous bouleverser dans l’éthologie animale est bien entendu induit par la biologie et en sont exclus les actes de cruauté gratuite et mûrement pensée qui sont propres à l’homme. Le procès de sadisme fait, par exemple, aux félins jouant avec leur proie n’est évidemment qu’une vision de notre affect.

 

Nos inégalités sociales, notre esprit de conquête et tout notre cortège d’irrespect serait donc d´ordre biologique et afférant à la sélection naturelle. Un inévitable déterminisme ouvrirait ainsi toutes les portes des circonstances plus qu’atténuantes, puisque naturelles, à toutes les exactions. Cette absence d’altruisme, d’empathie, de sollicitude, de compassion, de bienveillance, que l´on observe dans le milieu naturel, n’est-ce pas emblématique des sociétés humaines les plus rigides, les plus sévères, les plus conservatrices, sans même parler des dérives totalitaires? Comme les gens de droite, la Nature ne fait pas de cadeau au plus faible. La vision lamarckienne, le darwinisme social dont on peut accuser Malthus dans certains de ses plus regrettables écrits, la loi du plus fort, la survie du plus apte sont des principes naturels qui iraient donc comme un gant à ceux qui étonnement n’aiment pas la Nature et ne se montrent guère partisans de l’écologisme. La droite aurait ainsi raté le coche en ne s´accaparant pas l’écologisme!! Fabuleux paradoxe! Nous savons évidemment que les raisons du dédain du capitalisme et du socialisme industrialiste à l’égard de la morale écologique ne sont inspirées que par les désirs d’exploitation et d’appropriation.

 

Alors, l’homme serait- il contre-nature en aidant les faibles?

 

Si la loi de la jungle est naturelle, pourquoi donc Eva Joly s’affronte aux injustices et à la corruption? Pourquoi, de façon générale, l’écologisme se veut-il si respectueux de l’humanité, si enclin à la compréhension des autres, à la lutte contre les privilèges indus, à la défense des classes et des peuples opprimés? En voulant vivre selon des principes pacifiques de respect universel tels que ceux des Bishnoïs, les écologistes sont peut-être dans une contre-vérité car la Nature n’a de morale que celle de l’intelligence des instincts et des tropismes.

 

Les images un peu lénifiantes de soi-disant empathie animale, d’une sphère souvent plus domestique que sauvage, que j’ai parfois divulguées ne sont que les exceptions qui confirment la règle d’une lutte sans merci pour la survie, ou bien se limitent à des rapports « familiaux » exceptionnels, et sont bien loin d’être la règle.

 

Telle est la réflexion succincte, peu argumentée et sans prétention d’un écologue, d’un zoologiste, d’un naturaliste de terrain et d’un libre-penseur rousseauiste. Avocat du diable ou de la civilisation? Parce que tout commentaire, toute explication qui pourra surgir de la question posée tournera autour du mot « civilisation ». Mieux dit : de quoi la civilisation est-elle le nom?

 

On peut y réfléchir, en discuter ou en rire.

Michel Tarrier
Écologue, écosophe


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