– à propos d’un joyeux fourre-tout dénataliste

Posted on 13 avril 2011

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« Sur Terre nous sommes libres de nos choix, mais jamais nous ne serons libres des conséquences de nos choix. » Claude Traks

« Un humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l’homme, le respect des autres êtres avant l’amour-propre. » Claude Lévi-Strauss

« Ressembler à sa mère ou à son père n’est pas une assurance-vie. Il faut quelque chose de plus qu’un couple pour faire un enfant, il faut au moins une planète viable. » Michel Tarrier

L’ART DE NOYER LE POISSON DÉNATALISTE

Childfree et antinatalistes dans le même sac, cherchez l’erreur !

Si vous vous intéressez un peu au problème terrifiant de notre excroissance démographique et donc à l’urgence d’un recours à une démographie responsable pour soulager la planète de notre évident trop plein, vous aurez peut-être été surpris de ne pas y comprendre grand-chose en raison de l’amalgame dans lequel les medias se complaisent en présentant le sujet. Et quand, dans la confusion entretenue du pire et du meilleur, le journaliste pousse le bouchon plus loin, il ajoute dans la foulée quelque « effrayant » mouvement pour l’extinction volontaire de l’humanité. La recette anti-séduction est ainsi d’une efficacité à toute épreuve. La désinformation est une profession de foi.

Mais que veulent exactement tous ces objecteurs de la procréation, toutes tendances confondues ? Vivre libres et égoïstement sans bébés qui braillent, ou réajuster l’effectif humain davantage en équation avec les ressources, ou encore sauter illico presto par la fenêtre, voire débrancher la grand-mère grabataire qui n’en peut plus de sucrer les fraises à l’hospice ? Comme il n’est pas une heure où l’on ne nous rebatte pas les oreilles avec l’inquiétude écologique, ceux qui mélangent tout ou ceux qui ne comprennent pas le font exprès !

Le projet dénataliste estime que l’homme est une espèce invasive et ne vise qu’un seul et unique objectif : en finir (un jour…) avec la surpopulation humaine de plus en plus en inéquation avec les dotations de notre Terre-mère. Pour que nous puissions jouer les prolongations dans notre maison du Quaternaire, non rechargeable et non extensive, il conviendrait d’en revenir à la population humaine des années 1960 qui était de 3 milliards. Eh oui, le temps du baby boom d’une génération et notamment du miracle contreproductif  de l’agrochimie, et nous nous sommes multipliés par deux. Nous serons ainsi 9 à 10 milliards en 2050, 18 milliards en 2100… Et vous pensez peut-être que la vie ne sera pas invivable ?

Les écosystèmes et la plupart des ressources sont au bout du rouleau, nous avons pollué et érodé les sols, perdu l’essentiel des forêts, massacré la biodiversité en occupant les niches des autres espèces, nous avons provoqué l’apocalypse des abeilles et les poissons se raréfient, nous avons déréglé le climat et d’ici peu, après avoir englué tous les océans, nous souffrirons du tarissement des énergies fossiles dont nous dépendons à 1000%. Et je pourrais continuer à énumérer les affres de la bombe démographique et la liste des innombrables raisons de mettre un terme tant à la surprocréation des pays du Sud qu’à la mise au monde d’enfants occidentaux ruineux en matière de consommation, d’émissions et de pollutions.

Il existe un milliard de gens qui ne mangent pas à leur faim, on annonce des centaines de milliers de réfugiés de l’environnement, il paraîtrait que les nations nanties soient en crise économique et financière, et vous vous posez encore la question du renouvellementgénérationnel pour les retraites ! Mais mes amis, sur une planète occise et devenue fosse commune, il n’y aura tout au plus qu’une retraite crépusculaire aux flambeaux !

Notre existence surnuméraire, invasive et exterminatrice est la raison majeure qui préside au souci urgent de dénatalité. Alors, chercher à y mêler l’odeur peu agréable des couches à changer ou la naissance-nuisance d’un nouveau-né empêcheur d’aller au ciné, c’est un peu gonflé, superflu ou déplacé. Même si, in fine, on aboutit par les deux attitudes à une incidence en baisse du taux de natalité, la plaisante mouvance des childfree relève du domestique, de l’existentialisme et de l’art de vivrepénard, tandis que le dénatalisme, pour le moins principiel et légitime, est affaire de futur planétaire et de conscience universelle. Je l’ai dit : si l’on aime les enfants, il suffit de ne pas en faire, et pour vivre heureux il faut vivre moins nombreux, et faire un enfant c’est aussi faire un futur adulte. D’autant plus que nous ne saurons jamais ni nous restreindre, ni encore moins partager. Notre égoïsme et notre cupidité sont psychanalytiques. Par contre, je ne suis pas tout à fait sûr que les childfree aiment les enfants, mais ceci est leur libre choix et leur strict droit.

Alors, pourquoi cet acharnement à mélanger les genres, tant dans les journaux et les magazines, que sur les radios et aux télés ? La réponse est évidemment dans la question. Notre surpopulation est la vraie vérité qui dérange et songer à beaucoup moins reproduire est impensable, indicible, obscène, éhonté. Il faudrait une loi inique pour interdire d’en parler. Avec son bouquin No Kid, Corinne Maier, bien qu’inconnue, fut l’invitée d’un journal télévisé, histoire d’en rire, de détendre le téléspectateur avec un sujet rigolard. Le livre a connu un beau tirage. Ce n’est pas demain qu’on m’invitera sur un plateau pour parler de Faire des enfants tue ! Il y aurait des plaintes adressées aux directions d’antennes. A la sortie de l’opus malvenu, l’attaché de presse de mon éditeur esquiva sciemment Le Figaro (le bon patronat exhorte à la fabrication d’esclaves…) mais appela Libération : fin de non recevoir, même là ! C’est un complot pour que la Terre étouffe, ou quoi ? Le titre, certes décoiffant, était motivé par le caractère pamphlétaire. Ce n’était peut-être pas malin d’en rajouter une couche quand on sait la frilosité des gens. Le livre m’avait même valu une fatwa catho et des menaces de mort de l’extrême droite (toujours en ligne), notamment du « bras armé » de l’UMP. Ignoré des journalistes, Faire des enfants tue n’est connu que grâce à la toile. L’éditeur a fait faillite !

L’irrévérence est moins scandaleuse que la vérité. Il est de bon ton de choquer le bourgeois, de titiller le notaire, la sainte famille ou la chaisière de cathédrale en malmenant le sacré. Tout cela est bien sympathique, quasiment festif et relève du monôme d’étudiants boutonneux. Je ne suis pas pisse-vinaigre et, adolescent, les bébés que Jean-Christophe Averty passait à la moulinette dans son émission Les Raisins verts me mettaient en joie. Arrabal fit pire. L’exercice iconoclaste est le propre de l’anticonformisme, voire d’un antisocial admis. Quand Albert Dupontel met une progéniture au four ou lorsque Stéphane Guillonplaisante avec les bébés au congélateur, c’est tout de même moins engageant qu’un appel à la dépopulation planétaire ! L’antinatalisme est étrangement assimilé par les mauvais esprits fondamentalistes à l’idéologie hideuse d’un type d’eugénisme qui consisterait à éliminer des personnes non-nées ! Et l’on sait bien que nos modèles démocratiques, où triomphe la morale des vertueux, se reconnaissent davantage dans l’intégrisme que dans le progressisme. Un pas en avant, deux pas en arrière, c’est ainsi qu’on avance.

Il y va davantage du désir d’alléger un sujet préjugé trop rébarbatif pour la presse qui s’identifie à l’opinion publique, en le diluant dans une sauce frivole, que d’une volonté consciente de torpiller et de nuire vraiment à la cause en l’édulcorant, en déblayant la finalité qui fâche. Cela renvoie aussi à un autre tabou, celui de la sexualité. Ce n’est pas sans mal que nous sommes parvenus à en débattre sans y mêler sourires en coin, sarcasmes et plaisanteries douteuses. Il paraîtrait néanmoins encore impossible de prononcer le mot clitoris à l’Assemblée nationale sans déclencher des rires en cascade, mais l’immaturité des élus est notoire. La langue de bois (!) est encore de rigueur pour ce qui concerne des pratiques essentielles comme celle du… cunnilingus, pourtant vénérée par le taoïsme et le yoga tantrique. Donc, on ne peut que rire jaune de la surpopulation. N’y voir aucune analogie avec le péril de la même couleur et bien heureusement jugulé par des mesures coercitives. Ce n’est pas pour rien que le WWF, pionnier de l’écomalthusianisme, ne souhaite plus aborder un sujet pourtant directement lié à celui de l’empreinte écologique, afin de ménager ses donateurs timorés. Cependant, c’est régulièrement qu’avec force rapports l’ONU remet sur le tapis le problème encombrant de la population mondiale.

Torcher ou non les gosses, c’est très mag… Faire l’amour, mais pas des victimes, c’est trop énorme pour un lecteur dont on préjuge du lamentable coefficient intellectuel proche de celui d’un bovidé.

L’ennui est qu’à force d’exorciser, de lubrifier, de banaliser, on désamorce, on décrédibilise, on jette un flou et le message n’est ainsi jamais perçu. Alors, quand on se bat pour faire signer une pétition en faveur de la gratuité de la contraception dans le monde, il faut des semaines pour obtenir 1395 signatures de la part de 7 milliards de Terriens tous au bord d’une débâcle planétaire.

http://lapetition.be/en-ligne/petition-7343.html

Souffrant d’être sans cesse relégué au rayon des farces et attrapes et mis dans un même sac à rire pour potaches, l’appel à une démographie responsable est un cri désespéré. Mais n’est-ce pas dans la ligne du démographiquement correct que de décourager inconsciemment une telle démarche ? Car il n’en reste pas moins qu’une odeur des couches ou un biberon trop chaud n’ont strictement rien à voir avec les deux milliards d’Africains annoncés pour 2050 ou le troisième enfant carboné d’Yves Cochet.

L’art d’entretenir la confusion est une forme servile et paranoïaque de l’autocensure journalistique.

TOUT SUR LA DÉNATALITÉ

Le petit best-seller du genre :

FAIRE DES ENFANTS TUE. Éloge de la dénatalité

(Presque épuisé et sans lendemain, l’éditeur venant de déposer son bilan).

http://www.amazon.fr/Faire-enfants-tue-Eloge-d%C3%A9natalit%C3%A9/dp/2842744403

Retrouvez le thème de la dénatalité amplement abordé dans deux autres de mes essais écosophiques :

DICTATURE VERTE

http://www.amazon.fr/Dictature-verte-Tarrier-Michel/dp/2812701404

NOUS, PEUPLE DERNIER. Survivre sera bientôt un luxe

http://www.amazon.fr/Nous-Peuple-dernier-Survivre-bient%C3%B4t/dp/2296105629

Michel Tarrier

Écologue, écosophe

COMMENTAIRE…

Tout le monde il est bio, tout le monde il est gentil.

À peine sortis de deux millénaires de mensonges bibliques, nous épousons encore un nouveau mensonge. Il se pare d’un nom dévoyé de ses nobles origines par réduction politique : écologie (ou mieux écologisme). Le capitalisme qui ronge la planète et qui ne battra pas en retraite l’a gangréné pour les besoins d’une idéologie fallacieuse intitulée : économie verte. Dans le concept de cette imposture sans cesse matraquée, on voudrait faire croire que la Terre serait apte à nourrir plus de 12 milliards de personnes par la seule agriculture naturelle. C’est absolument faux et énorme.

Bien sûr qu’il faut se nourrir bio et refuser les intrants chimiques, mais la mission est biologiquement impossible pour un nombre surnuméraire de bouches. C’est bien pourquoi la révolution dite verte du milieu du précédent siècle, conjointement aux avancées sanitaires et aux progrès de la médecine, a engendré ipso facto une telle surpopulation.

Le terme « révolution verte » désigne le bond technologique réalisé en agriculture au cours de la période 1944-1970, à la suite de progrès scientifiques réalisés durant l’entre-deux-guerres. Elle a été rendue possible par la mise au point de nouvelles variétés à haut rendement, notamment de céréales (blé et riz), grâce à la sélection variétale. L’utilisation des engrais minéraux et des produits phytosanitaires, de la mécanisation et de l’irrigation y ont aussi contribué. Elle a eu pour conséquence un accroissement spectaculaire de la productivité agricole et a permis d’éviter les famines catastrophiques, avec pour résultat une augmentation sans précédent de la population mondiale depuis 1950. On mesure aujourd’hui la cuisante faillite de cette religion agraire par une perte de fertilité (mort biologique des sols) et l’empoisonnement des écosystèmes (plus de 100.000 molécules délétères lâchées dans le milieu pour toujours). Par ses excès et sa vision court-termiste, l’agro productivisme est le premier à devoir comparaître au banc des accusés pour avoir mis la planète en péril.

L’agriculture naturelle, produit d’un noble travail paysan sur un sol vivant, soumise aux seuls facteurs du soleil et de la pluie, n’est apte à ne nourrir que quelques milliards d’hommes, et encore, avec les mille disparités résultant des dotations écoclimatiques des contrées.

Alors finissons-en avec cette ridiculissime pédanterie de la redécouverte des bons fruits et légumes de nos grands-parents, époque où nous n’étions même pas 3 milliards. C’est insupportable de voir se pâmer les nantis du premier monde devant un bouquet d’épinards non-traités quand les deux-tiers de l’humanité que nous avons voulu surpeuplée crève la dalle. Franchement ! C’est insupportable de constater que politiques corrompus, économistes repus et médias vendus font la part belle à cette propagande, sans vouloir comprendre qu’il faut passer par une incontournable décroissance démographique pour sauver les hommes et leur planète. C’est insupportable de faire accroire que notre avenir pourrait dépendre de notre façon de nous brosser les dents tout en encourageant et en soutenant chez nous les familles nombreuses, sans faire le moindre effort de solidarité internationale pour aider les pays du Sud à baisser radicalement leur taux de natalité. C’est insupportable de penser que nous allons en prendre plein la gueule rien que par l’explosion économique et démographique de la Chine et de l’Inde. C’EST INSUPPORTABLE ET TOUT LE MONDE S’EN FOUT !

Publié le 5 juillet 2010