La ferme, antichambre des abattoirs

Posted on 11 avril 2011

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LA FERME, ANTICHAMBRE DES ABATTOIRS

 

Les paysans élèvent des condamnés à mort dont nous nous empiffrons. Y compris les enfants de la vache, du mouton, du cochon. C’est vraiment dégueulasse, une ferme!

 

Les abattoirs sont des centres d’extermination massive où les victimes sont traitées d’une manière abjecte et sans la moindre compassion, au nom d’un rendement qui confine à l’effroi. À tel point qu’on ne cesse de nous montrer aux informations télévisées tel ou tel «trop» mauvais traitement sur telle espèce qui, entre les images de deux guerres interhumaines, nous font tout aussi honte. Les lois protectrices se résument à l’étourdissement de l’animal ou à l’usage du pistolet percuteur et à la lobotomie citoyenne. Elles ne s’efforcent que d’esquiver la souffrance lors des derniers instants. C’est ignorer que les candidats à l’abattage des nouveaux convois sont pris de terreur en percevant parfaitement la mort des milliers de victimes qui les ont précédés. Tous les bouchers et les bourreaux savent cela.

 

C’est dans les abattoirs que l’on peut vraiment témoigner de nos attitudes génocidaires, glacées et mécaniques. Le lien entre la suppression brutale des animaux et l’annihilation des peuples dans les camps de concentrations n’est que trop évident pour quiconque sait reconnaître chez l’humanité son terrible penchant pour les pires abominations. Dans «Un éternel Treblinka», un livre dont la publication a évidemment été rendue difficile par incompréhension, Charles Patterson décrit la relation frappante entre l’industrialisation de la mort dans les abattoirs et l’Holocauste. Le philosophe juif Theodor Adorno, qui dut fuir le nazisme, disait : «Auschwitz commence quand quelqu’un regarde un abattoir et pense: ce ne sont que des animaux.» Ce ne sont que des juifs, pensait certainement Hitler au camp de Buchenwald pour lequel il s’inspira des chaînes de désassemblage des abattoirs de Chicago de la fin du XIXe siècle pour mettre au point, de manière pratique, la Solution finale. En effet, dès 1900 la mécanisation et la spécialisation des tâches dans les abattoirs, qu’imita d’ailleurs Ford pour adapter le travail à la chaîne à l’industrie de l’automobile, allaient permettre de répondre à la croissance rapide de la demande en viande. Quelque 400 millions d´animaux pouvaient être annuellement abattus, découpés et transportés à une vitesse sans précédent. Aujourd’hui, ce chiffre déjà hallucinant est passé à 10 milliards d’animaux (rien qu’aux USA!). Une civilisation qui tue tant d’espèces compagnes avec une telle frénésie, à une échelle si monumentale, n’est-elle pas plus que douteuse? C’est dans l’Amérique des Blancs qu’émergèrent tous les esclavagismes, de l’animal à l’homme, tous les délires racistes du Troisième Reich: cet esclavagisme qui aura si bien servi la cause du capital, de l’économie de toute une nation, aura amplifié la désensibilisation des masses. Si l’abolition de l’esclavagisme remonte à 1865 aux États-Unis, l’exploitation des animaux continue à des degrés absolument astronomiques et l’étendue du massacre devrait interpeller quiconque habité par un soupçon de conscience. Alexander Von Humbolt, naturaliste et explorateur, fondateur de la climatologie du XIXe siècle, pensait que la cruauté ne peut pas être conciliable avec une humanité instruite et une véritable érudition. «Il est faux et grotesque de souligner à chaque occasion leur apparent haut degré de civilisation» dit-il, «alors que chaque jour, ils tolèrent avec indifférence les cruautés les plus infâmes perpétrées contre des millions de victimes sans défense.» Oui, nous tolérons le massacre des animaux comme beaucoup fermaient les yeux sur les pogroms, les rafles, les ghettos, les autodafés, et enfin l’inéluctable obscénité des chambres à gaz.

 

Malgré notre raisonnable espérance que le progrès pourrait générer autre chose que la barbarie, on constate qu’il ne fait que la standardiser cyniquement, que la rentabiliser dans un souci de performance. C´est sans doute ce qui fait la nuance entre les respectueux sauvages et nous, les barbares de la modernité. Il faudrait, une fois pour toutes, admettre qu’il n´y a aucun lien de cause à effet entre la connaissance et la morale. Les acquis culturels inhérents au XXIe siècle ne nous écartent pas plus que l’ignorance des chemins ignominieux. Ils nous inclinent seulement à mettre des gants et à recourir à la cravate et au rince-doigts. Ce n’est pas la cravate qui fait la conscience, ce n’est pas le rince-doigts qui fait le respect.

 

Tuer un animal est-il un meurtre? C’est une question en lien direct avec le spécisme dont nous sommes pétris. Exception faite d’une frange d’animalistes convaincus et que les autorités entendent bien considérer comme de dangereux terroristes, faute de pouvoir les enfermer en asile psychiatrique, tout un chacun dira que tuer un animal n’est pas un meurtre, mais un acte anodin. Les paysans seront les premiers à le proclamer, voire à sourire de la question considérée comme saugrenue, tant ils forment un tissu social solidaire avec le maquignon, spécialiste de la traite animale en bétaillère surchargée ou trafiquant d’animaux-esclaves, le personnel des abattoirs, l’équarrisseur, le boucher, le tripier, le charcutier, le restaurateur jusqu’au fin gourmet et au critique gastronomique de la tête de veau sauce ravigote. Ça vous ravigote un spéciste, non?

 

Des saucisses à défaut d’idées de justice et d’égalité ! Voilà enfin révélée, après plus de 2000 ans de monothéisme, toute la place de la civilisation de l’homme : son estomac.

 


Michel R. TARRIER
Écologue, écosophe

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