Famine ou agrochimie, le chantage indécent

Posted on 5 avril 2011

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Sous le signe du soleil, exactement

 

Depuis nos origines de cueilleurs-chasseurs, puis de cultivateurs-éleveurs, c’est l´énergie solaire qui décidait par photosynthèse de ce que nous pouvions manger, et qui induisait donc notre démographie. Si nous n’avions pas eu le malheur de connaître le pétrole, notre économie serait restée sagement et exactement sous le signe du soleil, nous ne serions que deux ou trois milliards de Terriens. Et deux ou trois milliards, c’est déjà considérable pour l’effectif mondial d´un grand mammifère. La récente industrialisation de l’agriculture, qui nous a projetés au niveau démographique et aux exigences alimentaires que l’on sait, est essentiellement due aux engrais (issus du gaz naturel), aux biocides (tirés du pétrole) et à la motorisation (engins, irrigation, transports). La consommation énergétique s’est ainsi accrue pour produire jusqu’à cent fois plus et depuis le milieu du siècle dernier, nous ne faisons que «manger» du pétrole.

 

Alors que la découverte de nouveaux gisements est en baisse et que nous entamons une dégringolade qui se superpose à l’épuisement des meilleurs sites d’énergies fossiles, alors que la crise de l’eau est déjà vécue par de nombreuses nations, l’agriculture moderne doit poursuivre une croissance apte à nourrir chaque décade un milliard de bouches supplémentaires. Cette révolution verte concerne donc une agriculture intensive non durable qui va tout droit à la faillite. La fin des énergies fossiles ayant pour corollaire la fin des intrants agricoles que sont les engrais azotés, seulement deux de la dizaine de milliards de Terriens attendus pour l’après 2050 pourront tirer leur épingle du jeu et subsister, selon les experts les plus sérieux. Suite à cet effondrement des rendements agricoles, imaginons donc une famine de 6 ou 7 milliards d´humains. La sélection ne se fera pas en douceur et les pires hostilités présideront à une telle crise. Les mieux nantis devront reconstruire des châteaux forts pour se préserver des gueux, châteaux-forts aux nouvelles dimensions de la virtualité et de la mondialisation.

 

La bouche en coeur

 

Quant aux rumeurs bien intentionnées prétendant qu’une Terre nourricière non boostée artificiellement pourrait nourrir la population humaine d’aujourd´hui et de demain, mais qu’il faut seulement apprendre à partager, c´est d’un cynisme fou. D’abord parce que le mammifère humain est psychanalytiquement un gros con avide, mégalo et cupide en raison de son égo très perso (regarde-les avec leurs costards-cravate!) Ensuite parce qu’exhortation au partage et à l’altruisme fut le coup des morales religieuses depuis la nuit des temps et qu’elle n’eut comme application que de donner bonne conscience par delà les pires guerres. Enfin, parce qu’être seulement humaniste et fondamentalement anthropocentriste est illusoire: notre surnombre fait reculer les autres espèces et Homo sapiens ne survivra pas seul une planète sans fleurs et sans oiseaux. C’est nier les interdépendances. Ce point de vue naïf et idéaliste est cependant celui de gens que j’aime, tels ceux d’Attac ou de la Décroissance. Dommage qu’ils pensent comme des économistes, sans mettre une note de naturalisme dans leur Robot sapiens (sapiens de moins en moins en ces temps). Et puis quoi et jusqu’où? Après 7 milliards, on dira 9, puis 10, puis 15: il suffit de partager? Les gens qui nichent à quinze dans une pièce, ils partagent aussi. Joyeux partage, y’a de la joie dans le ghetto!

 

Famine ou agrochimie, c’est le chantage indécent: avez-vous remarqué? La multiplication des bouches fait l’affaire de tous les Rockefeller de ce système pourri!

 

Surnatalité et productivisme agricole est un tandem infernal, sciemment provoqué par un choix de société. Arguer de l’alibi du grand nombre de bouches à nourrir, de la souveraineté alimentaire, avec l’épouvantail de la famine, pour exploiter chaque fois plus les sols et entretenir chez les populations une idéologie de la reproduction, relève d’un chantage diabolique. On peut faire l’analogie avec le nucléaire dont toute contestation embraye une menace d´obscurité! La spirale ainsi enclenchée par un capitalisme insidieux et sans conscience fait que notre monde deviendra à moyen terme invivable. Alors, pour éviter les guerres d’appropriations, d’ailleurs déjà entamées, et ce, notamment pour les énergies fossiles en voie de tarissement, il faudra bien envisager une dépopulation. Un enfant par couple, c´est bien. Vous en voulez plus ?

 


Michel R. TARRIER
Écologue, écosophe
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